Est-ce normal d'être épuisé·e même quand on n'a "rien fait" de la journée ?
T'as dormi tes 8h. C'est peut-être même pas une journée où t'as bossé. Sur le papier, ta journée était classique, plutôt calme et pourtant tu te sens vidé·e. Comme si t'avais porté le monde à bout de bras toute la journée (et on est peut-être pas si loin du compte finalement).
Et sûrement que ton discours intérieur s'emballe aussi :
"Pourquoi je n'arrive à rien ?"
"Je devrais en faire plus.",
"Mon corps me lâche".
Tu fais partie de celles qui ont tendance à s'en vouloir, à penser qu'il faut absolument se reposer physiquement, faire une sieste, ou boire plus d'eau ?
Parfois, oui, c'est juste ça qu'il te faut. Mais souvent, quand le repos ne change rien à l'affaire, c'est que la fatigue ne vient pas (seulement) du corps. Elle vient d'ailleurs, de ce qui se trame et qu'on fait en invisible, toute la journée, sans s'en rendre compte.
Alors, est-ce "normal" de se sentir épuisé·e ? Oui, c'est normal que tu ressentes ça : c'est un signal à écouter et comprendre. Mais non, ce n'est pas une fatalité, et surtout, ce n'est pas un défaut personnel.
⚠️ Petite note importante : Si ta fatigue est chronique, intense, ou si elle t'inquiète, la priorité absolue, c'est de consulter un·e professionnel·le de santé. Cet article ne remplace pas un avis médical. On parle ici de fatigues "invisibles" qui persistent parfois même quand le corps va bien, et on cherche à explorer et lire la fatigue au-delà de quelque chose de seulement physique. Si tu as un doute, fais-toi accompagner médicalement.
Maintenant que ça est dit, et si on explorait d'autres pistes ? Et si cette lourdeur venait de nos façons d'être en relation, de nos stratégies pour "tenir le coup" au quotidien ?
Et si ta fatigue venait de tes stratégies d'adaptation ?
On consomme parfois une énergie folle sans bouger un muscle. C'est une fatigue qui ne se voit pas, qui ne se mesure pas au nombre de pas faits dans la journée... mais qui pèse tout autant !
Voici 5 pistes de fatigue à explorer. Ce ne sont pas des diagnostics, mais des questions à se poser pour voir si ça résonne en toi.
La fatigue émotionnelle : Le poids de ce que tu ne dis pas
Cette fatigue est liée à la gestion d'émotions intenses ou persistantes (tristesse, anxiété, colère) ou à des difficultés relationnelles. Cela peut t'épuiser autant moralement que physiquement, surtout si tu as tendance à garder pour toi pour "ne pas faire de vagues".
Quelques pistes pour alléger la charge :
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Identifie la source : Est-ce une cause extérieure (conflit, relation toxique) ou un poids intérieur ? Nommer le problème, c'est déjà commencer à le déloger.
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Trouve ton exutoire : Il te faut un espace sûr pour exprimer ce que tu ressens sans être jugée. À l'écrit (journaling), auprès d'un·e ami·e de confiance, ou avec un·e professionnel·le (surtout en cas de trauma ou de deuil).
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Accorde-toi du plaisir : Contrairement à ce qu'on croit, le plaisir n'est pas futile. C'est un carburant. Passe du temps avec des gens qui te ressourcent et fais des activités qui te font du bien, même si c’est sur de courtes périodes.
La fatigue intellectuelle : Quand ta charge mentale est à 100%
Tes capacités cognitives sont à plat après un effort intense ou une concentration prolongée. Ou encore si tu es concentré.e sur la résolution des problèmes qui ne sont pas les tiens. As-tu du mal à te concentrer, à prendre des décisions simples ? As-tu l'impression de penser à tout, tout le temps, pour toi ET pour les autres ? Quand le cerveau est en mode "multitâche" permanent, même quand le corps est posé, il ne se repose jamais. Et si ton esprit était simplement en surchauffe à force d'anticiper les besoins de tout le monde ?
Quelques pistes pour faire redescendre la pression :
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Alterne effort et moment "off" : Après un effort intellectuel, ne passe pas forcément sur un écran si ça ne te ressource pas. Prends l'air, étire-toi, regarde au loin. Laisse ton cerveau respirer vraiment.
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Externalise ta charge mentale : Les to-do lists et agenda peuvent être tes amis, mais à une condition : les utiliser pour oublier les tâches non effectuées, pas pour t'en rajouter. Écris tout pour libérer ta tête, puis priorise l'essentiel.
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Coupe le robinet à infos : Limite les réseaux sociaux, les notifications et les médias. Ton cerveau a peut-être besoin de silence pour récupérer de la surcharge.
La fatigue compassionnelle : Le coût de prendre soin des autres
Te sens-tu vide d'empathie ? As-tu l'impression d'être responsable du bonheur, du confort, ou de l'humeur de ton entourage ? C'est une fatigue très particulière, souvent observée chez les aidantes, les soignantes, ou simplement celles qui ont à cœur de prendre soin des autres. Et si tu avais oublié de t'inclure, toi aussi, dans la liste des gens à aider ?
Quelques pistes pour protéger ton énergie :
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Apprends à déléguer et dire non : Demande de l'aide au quotidien. Refuse les sollicitations quand tu n'as plus l'énergie. Ce n'est pas un rejet de l'autre, c’est nécessaire pour être encore mieux là pour les autres ensuite.
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Pratique l'autocompassion : Parle-toi comme tu parlerais à une ami.e proche. Et remplace progressivement le discours critique ("Je devrais faire plus") par de la gratitude pour ce que tu as déjà donné.
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Définis ta zone de responsabilité : Demande-toi : "Est-ce que c'est à moi de régler ça ?". Si la réponse est non, repose ce fardeau. Tu n'es pas responsable du bonheur des autres.
La fatigue sociale : Porter un masque pendant ses interactions
Celle que tu ressens après des interactions prolongées, des situations stressantes, ou quand tu es avec des personnes aux valeurs très différentes des tiennes. C'est la fatigue de devoir être "vraiment LÀ", de surveiller son image ou de composer avec un environnement qui ne te correspond pas. As-tu besoin de jours entiers de solitude pour récupérer après une soirée ou une réunion ? Surveiller ses mots, son ton, ses gestes pour ne pas déplaire, pour être acceptable. Porter un masque social sans trouver d'espace pour être soi, peut avoir un coût énergétique énorme.
Quelques pistes pour retrouver ton souffle :
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Reconnecte-toi à tes valeurs : Faire le point sur ce qui est important pour toi t'aide à prendre position plus facilement et à oser être toi-même, même si c'est différent.
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Offre toi des moments ressourçants : Seul.e ou accompagné.e, trouve des espaces où tu peux être toi sans compromis. Si tu es introvertie ou hypersensible, le temps seule n'est pas un luxe, c'est une nécessité !
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Ose l'authenticité : Prends conscience de la pression sociale que tu mets sur tes épaules. Et si tu arrêtais d'essayer d'être "parfait.e" aux yeux des autres ?
La fatigue sensorielle : Quand tes sens saturent
Le bruit, la lumière, les foules, ou même certaines odeurs t'agressent-ils physiquement ? (C'est souvent le cas quand on est hypersensible ou qu'on a un fonctionnement neuroatypique). Si ton système nerveux capte tout, tout le temps, il est en surrégime. Et si tu manquais simplement d'espaces de calme réel, sans aucun stimulus, pour lui permettre de redescendre ?
Quelques pistes pour apaiser tes sens :
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Identifie tes déclencheurs : Qu'est-ce qui t'éreinte le plus ? Le bruit ? La lumière ? Les foules ? Une fois identifié, tu peux agir.
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Crée ta bulle sensorielle : Utilise des boules Quies, des écouteurs à réduction de bruit, tamise la lumière chez toi pour retrouver de l'apaisement.
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Soigne ton confort physique : Choisis des matières et des tissus qui te sont agréables. Et par exemple si c’est inconfortable pour toi, arrête de faire la bise ! Tu as le droit de poser des limites physiques claires.
Pourquoi est-ce important de distinguer ces fatigues ?
Parce que chaque type de fatigue appelle une réponse différente.
Si tu essaies de répondre à tous tes besoins par le même moyen (par exemple, dormir plus ou faire une sieste), cela peut expliquer que tu ne sentes jamais vraiment reposé.e
- On ne résoud pas une fatigue émotionnelle avec du sommeil.
- On ne comble pas forcément un besoin de calme sensoriel par une sortie entre ami.es possiblement trop stimulante !
Identifier la source précise de ta fatigue, c'est te donner la chance d'y répondre avec une solution adaptée à TOI, et non avec une recette standard qui ne fonctionne pas. C'est la clé pour arrêter de tourner en rond !
Le lien entre cette fatigue et l'oubli de soi
Tu as peut-être reconnu une ou plusieurs de ces situations. Ce qu'elles ont souvent en commun, c'est qu'elles sont liées à l'oubli de soi.
Elles ne sont pas un signe de faiblesse mais des stratégies d'adaptation qu'on a apprises, parfois très tôt, pour préserver le lien, éviter le conflit ou se sentir en sécurité.
- C'est dire "oui" à la demande d'un·e collègue alors que tu es déjà sous l'eau (fatigue compassionnelle).
- C'est se taire en réunion parce que tu as peur qu'on te juge "trop insistant·e" (fatigue sociale).
- C'est anticiper les besoins de ton·de ta partenaire sans qu'ils·elles aient à demander (fatigue intellectuelle).
À force de multiplier nos actions (parfois inconsciemment) pour s'adapter aux autres, on finit par s'oublier soi-même. C'est comme essayer de faire rentrer un rond dans un carré… Et à force de se contorsionner pour entrer dans des moules qui ne nous correspondent pas, on se tord, on se fait du tord et on finit épuisé·e.
Le lien est là : ta fatigue est peut-être le prix que tu paies chaque jour pour ces stratégies d'adaptation. Peut-être que tu n'en peux plus car tu dépenses une énergie folle à te sur-adapter.
Comment commencer à préserver ton énergie ?
La bonne nouvelle, c'est que prendre conscience de ces stratégies, c'est déjà un premier pas pour changer la donne. C'est plus simple de transformer quelque chose dont on a conscience !
Mais soyons honnêtes, c'est difficile d'identifier ses propres schémas quand on a la tête dans le guidon. Parfois, on ne sait même pas comment on s'oublie ni pourquoi, tant c'est devenu automatique. On sait juste qu'on est fatigué·e. Et d'ailleurs, c'est déjà précieux de prendre le temps de regarder en profondeur ce que vient nous dire cette fatigue : de nos fonctionnements, mais aussi de notre société qui nous pousse à toujours plus. Ta fatigue est peut-être le signal qu'il est temps d'arrêter de nager à contre-courant.
Tu te reconnais dans ces signes de fatigue ? Si oui, sache que cet épuisement est souvent le signal direct d'un oubli de soi. Ce n'est pas "dans ta tête", c'est le coût concret de stratégies d'adaptation (minimisation, anticipation, sur-responsabilisation...) qui tu adoptes en permanence sans que tu t'en rendes compte.
Pour que tu puisses aller plus loin, j'ai créé l'ebook "Pourquoi tu t'effaces ?". C'est un outil concret pour t'aider à mettre le doigt sur TES mécanismes spécifiques.
En 10 minutes, tu pourras :
- Identifier 4 mécanismes fréquents (anticipation, sur-responsabilisation...) et voir lesquels t'épuisent le plus.
- Comprendre d'où ils viennent (spoiler : c'est souvent appris).
- Avoir tes premières pistes pour commencer à faire autrement et retrouver de l'énergie sans culpabiliser.
Prends le temps d'observer, et d'aller au-delà de la partie émergée de l'iceberg : regarde ce que cette fatigue vient signifier plus en profondeur. Elle a peut-être un message important à te délivrer sur ce dont tu as vraiment besoin aujourd'hui.