Agir sans être parfait.e : en quoi c'est politique et comment briser le mythe de la perfection
Comprendre le perfectionnisme comme stratégie d'adaptation
Qu’est-ce que tu t’empêches de faire par perfectionnisme ?
- T’inscrire à cette nouvelle activité par peur de ne pas être assez bon.ne ?
- Prendre la parole en groupe par peur de passer pour un.e idiot.e ?
- Repousser ce projet tant que tu n’as pas parfaitement tout lu et tout compris sur le sujet ?
- Envoyer ce CV pour un nouveau poste par peur de ne pas être assez compétent.e ?
Tu attends le moment parfait. Ce moment où la préparation sera infaillible, où la légitimité sera absolue, où tu seras sûr.e de ne rien rater… pour enfin agir.
On attend comme si le droit d’agir et de s’affirmer dépendait d’une validation externe, comme s’il existait un feu vert officiel à attendre.
Subtilement mais profondément, on nous a appris que notre place dans le monde dépendait de nos capacités à produire, faire et réussir. Si, comme moi, tu as été socialisée en tant que femme dans une société patriarcale et capitaliste, tu as probablement intégré que ta valeur dépendait plus de ce que tu faisais que de ce que tu étais. Dans ce contexte, il est difficile de se sentir légitime pour agir sans peur de faire des erreurs, de décevoir, d’être rejetée ou de s’éloigner de ce qu’on attend de nous.
Dans cet article, tu ne liras pas que l’erreur est une belle opportunité d’apprentissage (même si c’est souvent vrai, ce n’est pas le sujet). Non, aujourd’hui j’aimerais te partager une lecture différente. Agir, même quand ce n’est pas parfait, est politique. Nos actions, même imparfaites, sont une réponse directe à celles et ceux qui attendent de nous qu’on ne se montre pas et qu’on ne fasse pas entendre notre voix.
À travers cet article, je t’invite à réfléchir à tout ce que tu t’empêches de faire par peur de ne pas le faire assez bien. Et, qui sait, peut-être que cela te donnera la force d’oser?
Le mythe de la perfection : une arme de sur-adaptation
Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière le perfectionnisme ?
Ce n'est pas qu'une histoire de manque de confiance. C'est une stratégie d'adaptation, construite de manière multifactorielle.
Si tu as été socialisée en tant que fille, tu as peut-être intégré des messages tels que : "sois gentille", "fais plaisir", "ne fais pas d'histoires". Tu as certainement été confrontée à des modèles de corps "parfaits", de vies "parfaites", de relations "parfaites". De manière directe ou indirecte, on est nombreuses à avoir très vite compris les schémas et codes à adopter pour être accepté.e.
On a très vite appris que, pour ne pas risquer le rejet et rester en sécurité au sein d'un groupe, être irréprochable était plus sûr. On s'est construit.e avec l'idée que si on fait tout bien, personne ne pourra rien nous reprocher. Que si on est parfait.e, alors on est en sécurité. En sécurité contre le rejet, la critique, la colère de l'autre.
C'est l'une des stratégies d'auto-effacement qu'on évoque dans mon ebook : repousser l'action par perfectionnisme, c'est parfois une façon de s'ajuster au monde et de s'effacer.
Mais cette stratégie, même involontaire, a un coût. Elle est en réalité un outil de contrôle : elle nous maintient dans l'inaction, nous empêche de prendre notre place et nous oblige à nous plier à des normes extérieures qui ne nous correspondent pas toujours.
On finit par se dire : "Je ne suis pas légitime tel.le que je suis, je dois devenir quelqu'un.e d'autre pour exister". La conséquence est concrète : on passe notre temps à se préparer, à se justifier, à se cacher, plutôt qu'à agir. On s'épuise à maintenir une façade qui nous étouffe, en rognant peu à peu sur qui on est vraiment.
L'illusion de la "bonne préparation" et de la "bonne volonté"
Derrière le perfectionnisme, se glissent des croyances tenaces :
- "Si je suis assez, alors je serai aimé.e."
- "Il faut que ce soit parfait pour me lancer."
- "Si ce n'est pas parfait, je vais décevoir."
Et puis, il y a la promesse de la méritocratie :
- "Quand on veut, on peut."
- "Si on travaille assez, on ne peut pas échouer."
Dans certains cas, la sur-préparation crée un faux sentiment de contrôle. Elle nous empêche de nous confronter à la réalité. On croit que la préparation et la perfection garantissent la réussite, alors que la réussite ne dépend malheureusement pas que de soi.
Attention : cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de moments où la préparation est nécessaire. La sécurité, la logistique complexe, les enjeux vitaux demandent du temps. Ce que je propose de questionner, c'est : pourquoi TOI, repousses-tu l'action à l'infini par perfectionnisme, là où d'autres personnes se sentent légitimes (voire un peu trop !)?
Oser agir est aussi une question de privilège
C'est important de le dire : oser agir est une question de privilège.
Par exemple, les personnes qui ont plus de ressources, de temps, de validation sociale, de réseaux hésitent beaucoup moins à agir et à se rendre visibles. Elles osent prendre des risques (même quand elles pourraient se taire ou laisser la place à d'autres, d'ailleurs). Car elles savent que les risques sont mesurés.
Notre capacité à nous sentir légitime dépend largement de la manière dont on est perçu et accepté par la société. Je l'ai largement abordé dans mon article Pourquoi certaines personnes ont plus confiance en elles.
Alors, tu imagines bien que quand on vit la précarité, la maladie, des oppressions systémiques, c'est souvent plus compliqué. Quand on se bat déjà pour être reconnu.e, pour exister, pour maintenir un semblant de sécurité, se sentir légitime pour passer à l'action et faire des erreurs peut sembler insoutenable.
Questionner nos privilèges et nos oppressions est une façon de comprendre plus largement nos difficultés à passer à l'action. Cela nous permet à la fois de prendre notre juste part de responsabilité et de déculpabiliser.
Agir, même imparfaitement : s'autoriser à être humain.e
Rompre avec l'idée de performance à tout prix
Agir, même quand ce n'est pas parfait, c'est accepter d'être en construction, parfois en désordre, en apprentissage. SANS HONTE. C'est dire : "Je n'ai pas besoin d'être une mère parfaite, une employé.e modèle ou un.e ami.e disponible 24/7 pour avoir le droit d'exister et d'avancer."
Quand on choisit d'agir, même imparfaitement, on sort du script. On refuse d'être le modèle parfait attendue de nous de manière plus ou moins explicite. Agir imparfaitement, c'est aussi rompre avec l'idée qu'on doit être irréprochables. Qu'on se doive d'être de "bonnes" mères, de "bonnes" amies, de "bonnes" partenaires, de "bonnes" collègues, de "bonnes" filles. C'est refuser cette injonction à la perfection qui nous épuise.
Oser demander de l'aide
Dans ce sens, passer à l'action, même imparfaitement, veut aussi dire oser demander de l'aide. C'est sortir de l'idée (difficile certes) que ce qu'on fait par soi-même est forcément plus louable.
L'idée qu'il faut "tout faire seul.e" est un mythe patriarcal et capitaliste qui isole et épuise. La vraie force, c'est la capacité à reconnaître ses limites et à solliciter l'autre. Demander de l'aide, c'est dire : "Je ne suis pas tout.e seul.e", "Je mérite d'être soutenu.e". C'est briser le silence et l'isolement imposés. C'est créer du lien, de la solidarité, et non de la compétition. Alors que la perfection nous isole dans notre effort silencieux, demander de l'aide nous connecte aux autres et brise le cycle de la sur-adaptation.
La confiance se construit dans le mouvement
On attend d'avoir confiance pour agir, alors que c'est l'action qui génère la confiance. La confiance n'est pas un état interne à attendre, c'est un résultat de l'expérience.
Agir, même de manière minuscule et imparfaite, envoie un signal au cerveau : "Je suis capable". Chaque petite action est une victoire. L'action crée de la matière, des retours, des ajustements.
Mais attention : contrairement aux idées véhiculées largement dans le domaine du développement personnel, passer à l'action ne veut pas dire "je fais tout tout.e seul.e". On oublie souvent la puissance du collectif.
- Agir mais pas isolé.e : Demander de l'aide est déjà une forme d'action.
- Agir séparément, mais ensemble : Se réunir avec des ami.e.s pour faire ces actions que tu repousses depuis trop longtemps. On peut partager sur nos expériences, poser des questions, se soutenir ! La présence des autres est un puissant moteur.
- Agir collectivement : Œuvrer ensemble vers un même but, sans attendre d'être parfait.e pour commencer le projet commun.
Les astuces à zéro euro pour débloquer la situation
Avant même d'envisager un accompagnement, il existe des moyens concrets pour passer à l'action
La méthode du petit pas
Découpe tes objectifs en toutes petites actions. Prends un projet, une idée, et découpe-le en sous-actions, puis en sous-sous-actions. Au lieu de dire "Je vais écrire ce mail important", dis "Je vais me lever", "Je vais ouvrir mon ordinateur", "Je vais déjà écrire une phrase". La tâche devient si petite qu'il n'y a plus de raison de ne pas la faire. Tu mets toutes les chances de ton côté pour avancer.
Faire à 70%
Ne pas faire entièrement, c'est souvent mieux que rien du tout.
- T'as pas du tout envie de cuisiner, et tu te motives à faire du "semi-maison" et c'est suffisant.
- Tu envoies ce message au lieu de le relire et le réécrire 10 fois.
Créer des cercles de motivation
Organise des moments avec des ami.e.s pour faire ces actions que tu repousses depuis trop longtemps.
- Réunissez-vous autour d'un goûter pour venir à bout de vos tâches administratives ensemble.
- Retrouvez-vous dans un parc pour faire des activités manuelles ou lire.
- Tu peux même trouver des groupes de pairs en ligne pour partager une passion que tu as mise de côté.
Quand l'action est bloquée : le rôle du coaching
Quand les blocages sont durables, profonds, ou quand la situation semble trop complexe pour agir seul.e, le coaching peut être un soutien à la mise en mouvement.
Et je dis bien un soutien : le rôle d'un.e coach n'est pas de faire à ta place, mais de t'accompagner dans la mise en action dans le respect de tes particularités et besoins.
Le coaching est un accompagnement bref pour :
- Comprendre et débloquer la "paralysie" : Aider à identifier les freins (perfectionnisme, peur du jugement) et les déconstruire pas à pas.
- Planifier de manière adaptée : Transformer un projet flou en petites étapes concrètes et réalisables, respectueuses de ton fonctionnement.
- Créer un espace de légitimité : Un lieu où l'on peut être imparfait.e, où l'on a le droit d'hésiter et même de reculer, tout en étant soutenu.e !
- Découvrir des outils concrets : Pour oser t'affirmer, faire entendre ta voix et prendre ta place.
Reprendre sa place : l'action comme acte politique
Agir imparfaitement, c'est s'autoriser à être soi. C'est refuser la perfection comme condition d'existence. C'est reconnaître que nos erreurs ne sont pas des fautes, mais des preuves de notre humanité, de notre apprentissage et de notre désir de créer quelque chose de nouveau.
Si tu n'avais pas peur que ce soit imparfait, qu'est-ce que tu t'autoriserais à faire aujourd'hui ?
Identifie une action que tu repousses par peur de ne pas être parfaite. Et si tu t'autorisais à agir, même si tu penses que ce n'est pas "assez" ? Et si tu te montrais ? Et si tu réussissais selon tes propres termes ?