Est-ce normal de ne pas savoir ce qu'on veut et comment y voir plus clair ?
Comprendre pourquoi on ne sait pas
“Je ne sais pas ce que je veux.” C’est une phrase que j’entends très souvent en coaching. Et une phrase que j’ai prononcé un tas de fois aussi.
Elle surgit dans des périodes de transition : rupture, changement professionnel, fatigue, remise en question. Mais parfois aussi, elle s’installe dans le temps comme un flou diffus et une impression de vivre un peu à côté de soi, complètement bloqué.e.
Derrière ce “je ne sais pas ce que je veux”, il y a rarement juste de l’indécision. Il y a aussi la lassitude, la confusion, la pression, la peur de l’inconnu, la peur de se tromper, de décevoir, ou encore de perdre quelque chose.
Ces périodes de flous peuvent être accompagnées de pensées désagréables dirigées contre soi, qui ne nous facilitent pas beaucoup les choses :
“Je devrais savoir.”
“Les autres ont l’air de le savoir eux.”
“Qu’est-ce qui cloche chez moi ?”
En réalité, ne pas savoir ce qu’on veut est extrêmement fréquent et souvent beaucoup plus compréhensible et moins pesant quand on regarde ce qui se joue derrière nos périodes de doutes. C’est ce que je te propose de faire ici.
L’idée de cet article n’est pas d’aborder de manière exhaustive toutes les raisons possibles de ces moments de confusion mais plutôt
- d’explorer des causes dont on parle peu
- sortir d’une lecture individualisante du problème
- déculpabiliser un peu, parce qu’on en a clairement besoin
- partager quelques pistes pour commencer à y voir plus clair !
Les raisons fréquentes du flou
1. Parce qu’on n’a pas toujours l’espace pour se poser ces questions
J’ai envie de commencer par là parce que c’est souvent minimisé et pourtant central.
Savoir ce qu’on veut demande :
- du temps,
- un certain calme,
- une forme de sécurité intérieure et extérieure,
- la possibilité d’envisager des options sans se mettre immédiatement en danger.
Quand on est sous pression financière, émotionnelle, familiale ou professionnelle, quand on est fatiguée, en mode survie plus qu’en mode exploration, il n'est pas étonnant que nos désirs et besoins passent au second plan.
Dans ces conditions, ne pas savoir ce qu’on veut est souvent un signal de surcharge.
En avoir conscience permet déjà de porter un regard plus doux sur soi mais aussi sur les personnes autour de nous qui semblent “jamais savoir ce qu’elles veulent” ou “ne pas se bouger assez”.
2. Parce qu’on vit parfois en pilote automatique
Pris·es dans le flux du quotidien, beaucoup de personnes finissent par organiser leur vie autour de ce qu’il faut gérer plutôt que de ce qu’elles veulent vraiment vivre.
- Choisir un job raisonnable plutôt qu’un travail qui fait envie,
- Rester dans une relation qui ne nourrit plus vraiment,
- Dire oui à des projets, des services, des responsabilités par réflexe plus que par envie
- Remplir ses semaines jusqu’à saturation sans jamais se demander : Est-ce que ça me fait du bien ? Est-ce dont j’ai vraiment besoin?”
Oui, les micro-décisions (et parfois les plus grandes) se prennent parfois par habitude, par urgence ou par adaptation, plus que par choix conscient.
Il ne s’agit pas toujours d’incapacité à choisir mais plutôt d’un manque de pauses et d’espaces intérieurs pour se poser sincèrement la question : Est-ce que ça me convient, moi ?
Quand on fonctionne longtemps comme ça, le désir devient plus difficile à entendre. Et parfois, c’est des années plus tard que ça remonte sous forme de phrases comme :
- “J’ai l’impression de vivre une vie qui n’est pas vraiment la mienne.”
- “Je fais tout ce qu’il faut, mais je me sens à mille lieux de qui je suis.”
- “Sur le papier tout va bien, mais intérieurement, je me sens vide.”
Bref, ce n’est pas qu’une question de désir ou de choix mais souvent le résultat de semaines, mois et parfois années à fonctionner déconnectés de soi.
Et pour ça, on peut éviter de s’en vouloir. Quand nos journées sont pleines et nos choix constamment contraints par le travail, l’argent, les obligations, il devient difficile d’entendre ce qui se passe à l’intérieur. Dans une société capitaliste, il est logique que nos désirs et besoins se fassent discrets car tout nous pousse à les remplacer par des envies rapides et socialement validées (mais pas forcément nourrissantes).
3. Parce qu’on a appris à s’adapter
Beaucoup de personnes, et particulièrement celles socialisées en tant que femmes, ont appris très tôt à repérer ce qui est attendu à travers des messages répétés et intégrés comme des injonctions :
- “sois gentille”,
- “fais plaisir”,
- “ne fais pas d’histoires”,
- “pense aux autres”,
- “sois raisonnable”.
Autant de personnes très compétentes pour anticiper les besoins des autres & ajuster son comportement pour éviter tensions ou rejets. Mais beaucoup moins pour :
- identifier ce qu’on ressent vraiment,
- nommer ce qu’on désire, ce qui nous anime
- se demander ce qui serait juste pour soi.
Sans qu’on nous dise explicitement "oublie-toi”, on a parfois intégré que préserver le lien et s’ajuster aux attentes des autres est plus sûr que faire entendre ses besoins ou ses désirs.
Le résultat ? On devient très compétent.e pour repérer ce que les autres veulent et beaucoup moins pour identifier ce qu’on veut soi.
4. Parce que vouloir peut sembler risqué
La peur de l’inconnu
Vouloir quelque chose de nouveau implique de s’aventurer hors de ce qui est connu et stable. Et pour beaucoup de personnes, ça peut suffir à déclencher une alerte interne.
Il arrive que cette alerte soit justifiée: changer de travail, quitter une relation, refuser certaines attentes familiales, sortir d’un rôle qui nous protège socialement… tout ça peut avoir de vraies conséquences matérielles, relationnelles, émotionnelles. Il ne s’agit pas de minimiser ces risques.
Parfois aussi, ce qui fait peur n’est pas tant le danger réel que l’inconnu lui-même : ne pas savoir comment ça va se passer, qui on va devenir, ce qu’on va perdre, ou si on saura faire face.
Et comme notre cerveau est très bon pour confondre incertitude et menace, il privilégie volontiers ce qu’il connaît déjà, même quand la situation fait souffrir.
Tant que je ne sais pas,
- je n’ai pas à choisir,
- je n’ai pas à renoncer,
- je n’ai pas à affronter les conséquences possibles (bonnes comme mauvaises).
On n’oublie donc pas que derrière un “je ne sais pas” se cache peut-être une forme de stratégie de protection. C’est souvent une tentative de préserver un équilibre, même inconfortable, plutôt que de risquer un déséquilibre dont on ne connaît pas encore l’issue.
Ne pas cocher toutes les cases
Nos désirs naissent dans un monde rempli de normes, d’attentes et de rôles déjà écrits. Lorsqu’on s’écarte de ce qui est valorisé ou acceptable, savoir ce qu’on veut vraiment peut être très difficile à identifier.
Dans beaucoup de situations, vouloir implique potentiellement :
- décevoir,
- créer du conflit,
- perdre une place,
- remettre en question une identité,
Ou découvrir que ce que tu désires vraiment ne rentre pas vraiment dans les cases préfaites.
Quand nos désirs et nos besoins sont noyés sous des couches de normes, d’attentes, de responsabilités et des peurs.
Et il est difficile de distinguer ce qu’on veut vraiment de
- ce qu’on pense devoir vouloir,
- ce qui est valorisé socialement,
- ou ce qui semble raisonnable, rassurant, acceptable..
5. Parce que certaines périodes de flou font partie du changement
Il y a des moments où ne pas savoir est simplement… normal. Oui je sais, c’est pas agréable à entendre.
- Quand quelque chose ne te convient plus mais que tu ne sais pas par quoi la remplacer.
- Quand une version de toi s’efface sans que la suivante soit encore claire.
- Quand tu continues à avancer mais avec ce sentiment que ça ne colle plus vraiment.
Ces périodes peuvent être inconfortables et parfois angoissantes. On peut se sentir vide, bloqué.e, démotivé.e.
Mais ces périodes ne sont pas à corriger à tout prix, elles peuvent être des moments de transition : des moments où quelque chose se défait avant que quelque chose d’autre puisse prendre forme.
Et le changement prend du temps. Chercher à retrouver une certitude immédiate peut parfois bloquer ce processus plutôt que l’aider.
Alors, comment y voir plus clair quand on ne sait pas ce qu’on veut ?
Revenir aux valeurs plutôt qu’aux projets
On peut ne pas savoir ce qu’on veut faire de sa vie et par quel chemin on va passer exactement…tout en sachant ce qui est important et fondamental pour nous.
Les valeurs sont une sorte de boussole interne quand notre vision est floue et quand les décisions sont difficiles à prendre.
Tu peux te demander :
- Qu’est-ce qui est important pour moi, au fond ?
- Qu’est-ce que je trouve juste, beau, non négociable ?
- Dans quelles situations je me sens plus vivante, plus alignée, plus tranquille intérieurement ?
Très souvent, on ne sait pas ce qu’on veut aller chercher, mais on sait très bien ce qu’on ne veut plus tolérer, et ça donne déjà des repères solides pour s’orienter.
- Ne pas supportée les routines et emplois du temps répétitifs
Valeur possible : liberté, autonomie - Être agacé.e par les logiques de compétition, de performance
Valeur possible : coopération, solidarité
La connaissance de soi peut permettre de trouver ses propres ressources quand on traverse des périodes de flou. En coaching, on travaille systématiquement à partir des valeurs, mais aussi des besoins, des priorités et de ce qui fait sens pour toi.
Observer ce qui te coûte et ce qui te ressource
Sans chercher de grandes réponses tu peux t’orienter en te demandeant
- Qu’est-ce qui me donne un peu d’élan, même minime ?
- Qu’est-ce qui m’épuise systématiquement ?
- Qu’est-ce que je fais surtout par obligation, par peur, par habitude ?
La clarté n’est pas toujours spectaculaire, elle peut simplement se manifester comme une préférence, un “ça, ça ne me coûte pas”, parfois même un simple soulagement.
Accepter de ne pas savoir encore et avancer quand même
Tu n’as pas besoin d’avoir une vision claire de toute ta vie pour faire un prochain pas.
- savoir ce que tu ne veux plus,
- savoir ce que tu veux préserver,
- savoir ce qui te coûte trop,
C’est déjà suffisant pour avancer par petit pas.
La boîte à déculpabiliser
Parfois, il suffit de poser ses pensées quelque part pour respirer un peu. Si tu te sens perdu·e ou confus·e, prends un moment pour vider ton sac :
- Qu’est-ce qui te pèse aujourd’hui ?
- Qu’est-ce que tu n’oses pas dire à voix haute ?
- Quelle petite envie ou frustration traîne depuis trop longtemps ?
Créer les conditions qui facilitent la clarté
Ce n’est pas parce que tu n’as pas de grand projet, que tu as des envies contradictoires, que tu changes d’avis, que tu hésites longtemps que c’est en soi un problème à résoudre à tout prix et vite.
Dans ces périodes, plutôt que de te forcer à SAVOIR, je te conseille plutôt de concentrer ton énergie à recréer les conditions favorables :
On peut passer de “Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ?”
À des questions plus ancrées dans le présent :
- Qu’est-ce qui me fait du bien, là, concrètement ?
- Qu’est-ce qui me repose vraiment ?
- Qu’est-ce qui me fait me sentir un peu plus moi ?
Se reconnecter à ce qui apaise, nourrit, apporte de la joie est souvent un préalable au fait de savoir ce qu’on veut. Il s’agit en quelque sorte de préparer le terrain en recréant les conditions propices à ce que la clarté émerge.
En fonction de ta sensibilité et de tes besoins :
- Prendre soin de ton corps : dormir suffisamment, t’alimenter de façon équilibrée, bouger un peu chaque jour, même une courte marche, respirer profondément pour te recentrer.
- Faire des activités qui te font du bien : écouter de la musique, lire, dessiner, jardiner, cuisiner, méditer… ce qui te permet de te reconnecter à toi.
- Créer des moments de solitude : quelques minutes ou heures pour observer tes pensées et ressentis.
- S’entourer de personnes qui te soutiennent : des amis, proches ou communautés qui te respectent et t’encouragent.
- Faire de petites expériences : tester de nouvelles activités, sortir de ta routine habituelle
Si ces périodes de flou durent, s’intensifient, ou s’accompagnent d’une perte d’élan, d’un sentiment de vide persistant, d’un mal-être qui impacte ton quotidien ou tes relations, je t’invite à le prendre au sérieux et à consulter un.e professionnel.le de santé.